LA LUNE DE MIEL ISRAÉLO-KURDE

Israelis hold up placards, including a portrait of Turkey's Prime Minister Recep Tayyip Erdogan' labeled wanted, during an anti-Turkish protest outside the Turkish embassy in Tel Aviv on July 08, 2010. Protesters waved Kurd flags and chanted slogans in favor of the Kurd people and against, what they call, their depression by Turkey. Photo by Gili Yaari / Flash 90. *** Local Caption *** ???? ?????? ????? ??? ??????? ?????? ?????? ??? ????? ?????? ??? ????? ??? ?????? ??? ??????

C’est dans le chaos irakien qu’urnes et isoloirs ont été sortis des placards cette semaine. Le gouvernement régional du Kurdistan irakien a invité ses citoyens à se prononcer sur leur indépendance. C’est sans surprise que le « oui » l’a emporté à la quasi-unanimité. Il n’en fallait pas plus pour déclencher successivement l’ire des exécutifs irakien, turc, iranien, et syrien. Quant à la communauté internationale, elle n’a pas montré grand enthousiasme à cette initiative qui risquerait bien d’étendre au-delà du Levant les guerres civiles syrienne et irakienne. En d’autres termes, les Kurdes d’Irak sont seuls. Mais à la solitude kurde a répondu une autre solitude : Israël est le seul État à avoir ouvertement soutenu le référendum. Quel intérêt peuvent donc avoir les israéliens à soutenir la création d’un Kurdistan indépendant ?

Pour comprendre la réaction du gouvernement israélien, il importe de bien cerner la situation des Kurdes. Les Kurdes ont tous les attributs d’une Nation : une culture millénaire, une langue, et surtout une conscience nationale. C’est donc tout naturellement qu’ils invoquent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes garanti par la charte des Nations-Unies. Techniquement, il n’en n’est rien parce que la mise en pratique de leur autodétermination présente des difficultés quasiment insurmontables. Les Kurdes vivent en effet dispersés entre l’Iran, la Turquie, la Syrie, et le nord de l’Irak. Cette répartition géographique alambiquée est le résultat du découpage occidental du monde arabe orchestré par les accords de Sykes-Picôt de 1916. Cela fait donc un siècle que le Kurdistan forme une poudrière séparatiste un peu partout au Moyen-Orient. Systématiquement, les velléités indépendantistes kurdes ont été matées par les exécutifs régionaux. La répression des foyers de séparatisme fut d’autant plus violente que les Kurdes vivaient souvent dans des régions pétrolières. Ironie du sort kurde, le pétrole a fait son malheur. Minoritaires, marginalisés, persécutés puis abandonnés lors des déconfitures successives des exécutifs syrien et irakien, abandonnés par la communauté internationale, il aura donc fallu attendre le morcellement du Levant pour que la voie de l’indépendance s’ouvre aux Kurdes. Ce rêve semble à portée de main aujourd’hui dans le nord de l’Irak, encore faut-il que l’État kurde soit reconnu par ses pairs et parvienne à faire son entrée dans les organisations internationales. Les réactions sont pour l’instant timides, à l’exception de l’engouement israélien.

Et pour cause, par-delà l’aspect parfaitement légitime des revendications Kurdes (quand elles ne s’expriment pas par des attentats évidemment), un Kurdistan indépendant entrerait parfaitement dans le cadre des intérêts israéliens. Plusieurs raisons peuvent être invoquées mais nous ne nous cantonnerons qu’aux principales :

– L’indépendance du Kurdistan irakien permettrait aux israéliens d’avoir un allié au Moyen- Orient. Certes, quelques États de la région comme l’Egypte, la Jordanie, ou la Turquie reconnaissent l’existence de l’État d’Israël, mais on ne peut pas sérieusement parler d’alliances. Dans le meilleur des cas, on peut définir ces relations comme des partenariats. Les kurdes étant hostiles aux peuples Arabes, Iranien, et Turc, leurs relations avec les israéliens ne pourraient pas partir sur de meilleures bases. Il n’y a pas de meilleure alliance que celle qui se tisse contre un ennemi commun (même si Israël et la Turquie ne sont pas à proprement parler ennemis).

– Par ailleurs, comme décrit brièvement plus haut, le Kurdistan irakien est extrêmement riche en ressources pétrolières, notamment dans la zone de Kirkouk. Lorsqu’on sait que les israéliens, dépourvus de ressources pétrolières, sont obligés d’importer cette manne énergétique de très loin (puisque n’entretenant pas de relations officielles avec les producteurs pétroliers contigus), la question kurde prend une importance géostratégique cruciale.

– Aussi, les israéliens peuvent se servir des Kurdes comme levier de déstabilisation dans des États ennemis ou potentiellement ennemis. On pensera en premier à l’exemple de l’Iran qui menace de détruire Israël par l’arme nucléaire. Aux intimidations iraniennes, les israéliens pourront répondre en agitant la menace de déstabilisation du régime iranien depuis l’intérieur en armant des factions kurdes iraniennes. Automatiquement le Kurdistan irakien se rangera au coté d’Israël et de ses compatriotes d’Iran.

– Enfin, il est à noter que les Kurdes forment un peuple à majorité musulmane sunnite. S’allier au Kurdistan est l’occasion pour les israéliens de briser la représentation d’un conflit judéo- musulman au milieu duquel se trouverait la question israélo-palestinienne. Or, c’est en désacralisant un conflit que l’on conclut rationnellement un traité de paix durable. On peut ajouter que si un peuple musulman décide de s’allier avec Israël, pourquoi d’autres ne suivraient pas à l’avenir ?

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