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Israël-Iran, réels ennemis?

À l’automne 2005, Mahmoud Ahmadinejad, fraichement élu Président de la République Islamique d’Iran, déclare que l’État d’Israël doit être « rayé de la carte« . Cette phrase, immédiatement condamnée au sein des instances internationales, provoque un tollé médiatique mondial sans précédent.

La conscience de la menace que faisait peser l’Iran sur Israël dépasse pour la première fois le cadre diplomatique pour s’inviter dans les débats des sociétés civiles occidentales. La haine que vouait l’ancien Président de la République Islamique à  Israël avait en effet de quoi interroger…

L’Iran n’a pas de frontières communes avec l’État hébreu, perçoit d’une façon déplorable le monde arabe (ou sunnite plus largement), et lorgne sur le Golfe persique quand Israël se tourne vers la Méditerranée. Dans la poudrière mondiale qu’est le proche orient, les alliés potentiels sont trop précieux pour en faire des ennemis. Mais qu’a t-il donc bien pu se passer dans la tête des dirigeants iraniens pour faire d’Israël l’État à « rayer de la carte » ?

 

La compréhension de l’ambivalence iranienne à l’égard d’Israël est indéfectible des histoires perse et juive. Iraniens et juifs ont en commun de former deux des plus vielles civilisations du monde, aux traditions millénaires, et aux cultures parfois mêlées. Le patrimoine historique juif en est  nettement marqué, certains écrits dressant le récit de l’union entre Esther une femme juive, et l’empereur perse Xerses Ier au Ve siècle avant JC.

Juifs israéliens et iraniens ont donc toujours eu le même sentiment, celui d’être certains de leur légitimité historique dans une région où leur souveraineté est en permanence contestée ! Lorsqu’en 1948, Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël, la reconnaissance par l’Iran ne se fait pas attendre. Et pour cause, la montée des nationalismes arabes, et le grand schisme de la guerre froide annonçaient une seconde moitié du XXe siècle tourmentée pour le peuple perse…

 

La naissance de l’État d’Israël offrait la promesse d’un partenaire indéfectible pour surmonter les embuches à venir.

 

À cette époque, l’Iran est encore soumis au régime d’un Shah sous protection américaine, tandis qu’au sein de nations arabes fraichement décolonisées les germes du nationalisme commencent à s’implanter. L’URSS ne tergiverse pas, grâce à leur pétrole et leur démographie, les arabes du Machrek seront à coup sûr des renforts de choix pour le bloc de l’Est. Quant à l’État d’Israël, si son meilleur allié est encore à ce moment la France, il ne tardera pas à se rapprocher des États-Unis. Les dirigeants israéliens et iraniens développent donc immédiatement des relations économiques entre leurs pays, les premiers ne pouvant pas se passer des hydrocarbures de seconds en mal de de fonds pour le développement des projets pharaoniques.

Pour autant, ce partenariat économique de facto est loin de faire l’unanimité au sein de la population iranienne. Dans une société chiite largement éloignée des préoccupations diplomatiques de ses élites,  et profondément empreinte de religiosité, la simple existence de  l’État d’Israël fait office d’hérésie. L’animosité pour Israël sera telle chez certains jeunes iraniens, qu’ils iront bénéficier d’une formation militaire dans les camps dirigés par l’OLP  (sunnite !)  du sud Liban au début des années 1970. Dix ans plus tard, leurs armes se retourneront contre le régime du shah détesté.

 

La révolution iranienne change complètement la donne. En 1979, le peuple iranien se soulève pour mettre définitivement fin à la tyrannie d’un shah vendu aux puissances occidentales. Toutes les composantes de la société ont participé, et pourtant, c’est le clergé chiite qui remportera la mise en réussissant le tour de force d’étouffer les voix démocratiques sans s’aliéner la rue iranienne. Après un long exil en Irak, et un passage de 3 mois en France à Neauphle-le-Château au cours duquel il parvient à séduire l’intelligentsia française, l’Ayatollah Khomeyni est accueilli en héros à Téhéran pour devenir le « guide suprême de la révolution iranienne ». Le totalitarisme islamiste est prêt à s’installer.

 

Bien évidemment, une des premières mesures du nouveau régime est de couper toute relation diplomatique avec l’État d’Israël. L’ambassade israélienne est immédiatement fermée, transformée en une représentation de l’OLP et Arafat est accueilli à bras ouverts. Dès cet instant, plus rien ne sera jamais comme à l’époque du shah.

L’Iran devient l’ennemi déclaré d’Israël. L’OLP s’aliénera cependant le soutient iranien par ses tendances panarabistes et  sa proximité avec l’Irak de Saddam Hussein, l’autre ennemi implacable de l’Iran. Suite à la guerre du GolfeKhomeini décide donc d’armer les franges islamistes palestiniennes en espérant qu’à l’avenir elles supplantent l’OLP. La politique des nouveaux maitres de l’Iran variera peu jusqu’à aujourd’hui: tous les moyens sont bons pour nuire aux israéliens.

La seule inflexion notable du fanatisme des ayatollah se produira en pleine guerre du Golfe. Alors que les combats font rage et que les morts se multiplient dans les rangs iraniens, l’Iran accepte des armes en provenance d’Israël. Aussi stupéfiant qu’il puisse paraitre, le choix des dirigeants israéliens est tout calculé: Saddam Hussein représente d’abord une menace plus imminente que Khomeiny, ensuite, fournir des armes c’est s’assurer de la prolongation des combats et donc d’une tranquillité relative pour Israël.

 

Les relations entre Israël et l’Iran restent encore aujourd’hui compliquées. Au-delà de considérations théologiques, l’hostilité de l’Iran s’explique par la place qu’occupe le chiisme dans le monde musulman. Marginalisés, haïs, voir dans certains cas massacrés par les sunnitesles chiites iraniens ont compris que la seule façon d’exister au sein de l’islam était de se placer en tête du front de refus d’Israël. L’inimitié des ayatollahs pour Israël est en quelque sorte devenue le principal vecteur de leur SOFTPOWER. Par ailleurs, contrairement aux régimes arabes, ils peuvent se targuer de n’être vendus à aucune puissance occidentale par des contrats pétroliers, ce qui leur laisse bien plus de marge de manœuvres pour importuner les israéliens.

 

Du point de vue israélien, la menace iranienne ne relève plus tellement de l’affrontement militaire direct, l’armée israélienne représentant une force de dissuasion suffisante et l’Iran étant embourbée en Syrie. À défaut de pouvoir mettre en application ses menaces, le régime iranien se contente donc d’envoyer au charbon ses alliés: le Hezbollah, et jouissance suprême, les sunnites du Hamas. Plus inquiétant par contre, ces dernières années, la rhétorique anti-israélienne de l’Iran s’est accompagnée de la mise en place d’un programme d’enrichissement d’uranium en violation du traité de non-prolifération nucléaire.

À force de menaces, de sanctions, et de négociations, le groupe P+1 est enfin parvenu le 14 juillet 2015 à un accord sur le nucléaire iranien. L’Iran est dorénavant censé limiter ses cadences d’enrichissement d’uranium et de production plutonium, accepter les inspections impromptues de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), en échange de la levée des sanctions économiques. Cet accord fut immédiatement dénoncé par les par le gouvernement israélien, qui craint qu’à long terme que cet accord permette en fin de compte à l’Iran de posséder l’arme atomique. L’inquiétude est donc de mise, et le respect de l’accord de 2015 par l’Iran sera à surveiller de près.

 

L’Iran reste un pays opaque, ce pourquoi on ne sait que peu de chose sur la société iranienne actuelle, et sa volonté ou non de retisser les liens avec Israël. De minces espoirs restent tout de même permis au vu de l’actualité récente. Suite aux élections truquées de 2009, le peuple iranien descend dans son ensemble dans la rue pour ce qu’on appellera par la suite le Mouvement vert. Bien qu’immédiatement maté par les sbires du régime, cet événement a montré qu’une contestation importante au point de déstabiliser le régime pouvait toujours se produire.

 

          Si les Ayatollah tombent, rien n’exclut la reprise de relations normales entre Israël et l’Iran.