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De Herzl au 29 novembre 1947

En 1894 éclate la tristement célèbre affaire Dreyfus.

Théodore Herzl, jeune intellectuel austro-hongrois, juif assimilé, est envoyé en France couvrir le procès pour un grand quotidien viennois.L’humiliation subie par le capitaine Dreyfus est le point de départ de sa pensée politique. Devant l’exacerbation des nationalismes en Europe, il préconise la création d’un foyer national juif dans son livre « l’Etat des juifs ». Visionnaire, il est persuadé qu’un Etat est le seul moyen pour que les juifs puissent enfin jouir d’une sécurité, loin d’une Europe qui menace de les faire disparaitre. Son livre donne officiellement naissance à un tout nouveau mouvement politique: Le Sionisme.

Pour réaliser les aspirations du sionisme, le choix géographique est à la fois symbolique et pragmatique. Symbolique tout d’abord parce que la Palestine est l’ancienne Judée, c’est à dire le berceau du judaïsme. Pragmatique ensuite parce que la Palestine est à la fin du XIXe siècle une contrée relativement peu peuplée d’un empire Ottoman à bout de souffle. Empire au sein duquel le concept de Nation est inconnu, ce qui donne aux sionistes l’impression de s’implanter au milieu de populations sans représentations communes, au sein d’une terre vide d’un peuple arabe aux contours définis, qu’un peuple juif sans terre aurait pour mission de combler.

Les premières implantations sionistes s’installent dès le début des années 1890, mais elles sont numériquement faibles. Néanmoins, l’emploi qu’elles créent et le développement économique qu’elles apportent à la région permettent une acceptation tacite de leur présence. De nombreuses populations musulmanes de régions alentours émigreront donc à leur tour en Palestine pour bénéficier de ces opportunités.

Mais la Première Guerre Mondiale va brusquement changer la donne et mettre fin à ce fragile équilibre. Conformément aux accords Sykes-Picot signés en 1916, la France et le Royaume Uni se partagent les dépouilles de l’Empire Ottoman vaincu. La Palestine passe sous mandat britannique.

Sous l’effet conjugué de la montée du nazisme en Allemagne et des pogroms en Europe de l’Est, de nombreux juifs émigrent en Palestine mandataire. Ces juifs sont quantitativement bien plus nombreux que les quelques sionistes déterminés présents depuis les années 1890. Ils émigrent moins par conviction sioniste que par manque d’autre alternative viable.

Du côté arabe, devant ces flots de migrants, l’état d’esprit est plus à la défiance qu’à l’accueil. Les arabes de Palestine se sentent bernés par la puissance mandataire britannique qui favorise une émigration juive de plus en plus massive pour qu’elle y fonde un foyer national en plein coeur de la « Ummat Islamiya » (la communauté islamique). La création d’un Etat juif serait pour elle le sceau de l’impérialisme occidental dans la région. Une pression intensive est donc exercée sur les administrations britanniques, allant jusqu’à la révolte de 1936. C’est ainsi que les britanniques réduiront drastiquement l’immigration juive en Palestine via des « livres blancs »* pour satisfaire les demandes arabes, sans prendre en compte les persécutions auxquelles étaient exposés les juifs en Europe. Une vague de violences sans précédent s’abat alors sur la puissance britannique en Palestine. Elle est à la fois le fait des arabes de Palestine qui souhaitent se défaire de l’ingérence occidentale, et des sionistes qui souhaitaient faire sauter les livres blancs et fonder enfin leur Etat.

Désemparées par la fureur qui s’abat sur elles en Palestine, les autorités britanniques décident de partager cette terre en un Etat juif et un Etat arabo-musulman pour mettre fin au conflit local judéo-arabe, et extirper leurs troupes d’un guêpier trop peu rentable à occuper. Ainsi, en 1937 est proposé le plan « Peel », accordant à la partie arabe un Etat sur les 2/3 de la surface de la Palestine, un territoire globalement réparti sur l’est, le nord est, et le tout le sud de la Palestine, avec un large accès à la Méditerranée. L’Etat juif devra être réparti au nord ouest, coincé entre la Syrie et le Liban, mais bénéficiant néanmoins d’une ouverture sur la méditerranée. La ville de Jérusalem devra rester sous mandat britannique. Déçues du fait que les régions les plus fertiles de la Palestine soient léguées à la partie arabe, les autorités sionistes acceptent néanmoins ce partage. La partie arabe le refuse catégoriquement.

Les britanniques re-tentent leur chance en 1938 et proposent le plan « Woodhad ». Celui ci accorde les 4/5 de la Palestine à la partie arabe. Globalement semblable au plan Peel, la différence majeure avec ce dernier est une large partie du Nord de la Palestine accordée cette fois ci aux arabes de Palestine. Une nouvelle fois, les autorités sionistes acceptent mais la partie arabe refuse.

La seconde guerre mondiale interrompt le processus, mais à son issue, les britanniques, exsangues de leur confrontation avec l’Allemagne décident de confier leur mandat aux Nations Unies en février 1947. Après avoir envoyé une Commission d’enquête, l’Assemblée générale des Nations Unies vote le 29 Novembre 1947 la résolution 181 de l’ONU qui délimite un nouveau plan de partage de la Palestine. Ce plan est bien plus avantageux que les précédents pour la partie juive. Si dans ses grandes lignes il reste semblable aux deux autres plans, il offre cette fois ci aux juifs de larges territoires dans le sud de la Palestine et une plus grande ouverture sur la Mer Méditerranée. Il est immédiatement accepté par la partie juive, mais la partie arabe, convaincue de pouvoir écraser militairement avec l’appui d’autres Etats arabes le nouvel Etat d’Israel une fois les britanniques partis, refuse.

Concernant la résolution 181 des Nations Unies, globalement, tous les Etats occidentaux y compris la France votent pour, excepté le Royaume Uni qui s’abstient. La France deviendra à partir de cette date le meilleur allié d’Israel. Cette alliance durera tout au long de la IVe République avant de se défaire au cour du mandat du général de Gaulle, promoteur du grand revirement de la politique moyen orientale française des années 1960.

Le 29 Novembre est donc une date historique en Israel. Elle matérialise, au lendemain du génocide juif, l’espoir d’un peuple d’être souverain sur sa terre après 2000 ans d’errance. Ce 29 novembre 1947 fut un jour de grande joie pour les israéliens tempéré néanmoins par l’inquiétude d’une inévitable confrontation avec la partie arabe, qui risquerait de faire virer le rêve israélien au cauchemar. Le 14 mai 1948, une semaine avant le départ des troupes britanniques, David Ben Gourion, le Premier Ministre Israélien déclarera à la radio l’indépendance de l’Etat d’Israel. Aussitôt, les arabes palestiniens et les Etats arabes alentours déclareront la guerre au nouvel Etat juif. Les Israéliens vaincront leurs ennemis sur le fil, en mêlant au combat abnégation et forces du désespoir. C’est dans tout ce fracas de guerre que l’autodétermination juive débutera…

*Les livres blancs sont des mesures législatives prises par la puissance britannique lors de son mandat en Palestine pour réduire l’immigration juive.